Dynamiser un cours en amphithéâtre grâce au dispositif Kaléidoscope

Le module du capteur à l’instrument (CAPINS) utilise un kaléidoscope de techniques pédagogiques pour capter l’attention des élèves


Le dispositif « Kaléidoscope » est né d’un double défi : fusionner trois enseignements (bases de l’électronique, traitement et acquisition du signal) et passer d’un public de 30 à 300 étudiantes et étudiants. « Le contenu et la forme du cours ne pouvaient plus être les mêmes », rapporte Nathalie Redon, enseignante-chercheuse en électronique à IMT Nord Europe. Face à ce double défi, Nathalie Redon et ses collègues Cécile Labarre et Lala Rajaoarisoa, ont donc créé le module « Du capteur à l’instrument » (CAPINS) en s’imposant deux objectifs majeurs : trouver une thématique fédératrice de leurs trois enseignements et ne pas tomber dans les écueils du cours magistral en amphithéâtre.

Pour cela, ils ont mis en place un kaléidoscope de techniques pédagogiques pour capter l’attention des élèves pendant les cours, et marquer durablement les connaissances scientifiques dispensées à travers une discipline commune à tout ingénieur : la mesure. 

« Échapper à un cours classique en amphithéâtre était l’un des verrous principaux » (Nathalie Redon)

Pour qui a déjà mis les pieds dans un amphithéâtre, les écueils à éviter sont évidents : ennui d’un discours monodirectionnel, agitation liée au grand groupe ou, au contraire, désaffection des bancs… « Pour trouver des solutions, nous nous sommes demandés : dans quelle situation des gens réunis dans une salle sont attentifs ? C’est le cas des spectacles de type one-man-show. Nous avons donc adopté certains de ses codes », explique Nathalie Redon.

Alors, l’équipe pédagogique a identifié, choisi et combiné plusieurs outils pédagogiques éprouvés par leurs pairs pour captiver l’attention : casser le rythme selon la technique pomodoro1, varier les supports de cours avec notamment des contenus vidéos, miser sur l’interaction avec des sondages, des quizz…  « Il faut connaître ses élèves, afin d’utiliser des supports qu’ils apprécient ou des références pop-culture qu’ils connaissent », note l’enseignante. Par exemple, l’équipe pédagogique a choisi d’utiliser la saga Star Wars comme fil rouge thématique pour les cours théoriques et les travaux pratiques. 

« La mesure est un fondement du métier d'ingénieur, quel que soit son domaine technique. Alors, pour nous c’était une évidence de baser ce module sur cette discipline qui en recouvre tant d’autres » (Nathalie Redon) 

Le contenu des cours a, lui aussi, dû évoluer avec la refonte du programme. « Nous voulions trouver un terrain transdisciplinaire, et “mesurer” est le facteur commun de nos trois disciplines », se rappelle Nathalie Redon. Expliquer la conception d’un instrument de mesure permet de balayer en un cheminement logique l’ensemble des disciplines ciblées mais sert aussi de fil conducteur pour raconter une histoire commune au métier d’ingénieur. « De cette manière, on évite de perdre les élèves au fur et à mesure du déroulé du cours », relève l’enseignante-chercheuse. Cette thématique fédératrice est illustrée concrètement en fin de module avec la construction d’un instrument de mesure. 

L’équipe pédagogique s’était fixée trois objectifs principaux : maintenir l’attention des élèves, leur donner envie de suivre l’enseignement en amphithéâtre et marquer durablement les connaissances scientifiques. Et c’est un succès : « Dans les enquêtes, les étudiantes et étudiants indiquent qu’ils ont retenu davantage d’éléments clés, et aussi que le module devrait servir de modèle pour les autres cours en amphi », rapporte Nathalie Redon.

Pour la suite, l’enseignante-chercheuse et ses collègues réfléchissent à des pistes d’évolution du dispositif : donner plus de place à la création de l’outil ou modifier le TP pour faire construire un instrument de musique qui partage plusieurs points communs avec un instrument de mesure. 


1. La technique pomodoro permet de mieux gérer les phases de concentration grâce à des coupures. Ici, le temps est segmenté entre 25 minutes de concentration puis 10-15 minutes de pause.